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Le curé n'était pas un petit saint…

8 mai 1906 : le jeune abbé séducteur est abattu par un mari jaloux.
Le curé séducteur entretenait une liaison avec la femme du sabotier de la paroisse. Elle lui a été fatale. Le mari jaloux et meurtrier a été acquitté aux assises.
Yves le FAOU - Source La Montagne - Dimanche 10/01/2010.

C’est un beau gars.

Grand, bien bâti, le cheveu très noir, l'oeil pétillant. Un séducteur, dont le port de la soutane ne décourage pas les entreprises amoureuses.

Âgé de 28 ans, Antony Andrieux est vicaire de la paroisse de Roannes-Saint-Mary, dans le Cantal, depuis le 19 janvier 1904. Il passe pour avoir eu des « intrigues », comme l'écrit la presse de l'époque, avec certaines de ses paroissiennes. Dans le bourg, les rumeurs vont bon train.

Sa dernière conquête est la femme du sabotier, Marguerite Authemayou. Âgée de 31 ans, mère de deux petites filles, elle demeure très séduisante. Suffisamment, en tout cas, pour que le bel Antony la poursuive de ses assiduités.

Le mardi 8 mai 1906, vers 14 heures l’abbé se rend chez le sabotier. Depuis quelques mois, il a l'habitude de venir emprunter le journal auquel l'artisan est abonné. Les élections législatives se sont tenues le dimanche.

Durant la campagne, la rivalité entre les cléricaux et le clan laïc s'est exacerbée. Sur la circonscription d'Aurillac, un candidat de droite, Teilhard-Chambon, a fait campagne contre Justin Rigal, député radical socialiste sortant. Partisan fervent de la séparation de l'église et de l'État, votée le 9 décembre de l'année précédente, ce dernier sera finalement réélu. L'abbé ne le sait pas encore. Il est impatient de connaître le résultat de l'élection, qui figure dans le journal.

Mais il a une autre passion, la course au jupon. En l'absence du mari, la jeune maman a tôt fait de se retrouver couchée sur la table de la cuisine, jupes troussées haut. L'entreprenant curé relève sa soutane, mais une sèche injonction l'arrête net. L'époux vient de surgir, fusil en main. Il ordonne à l'abbé de ne pas bouger, sous peine de mort. L'ecclésiastique, effrayé, tente de s'enfuir. Un coup de feu claque. La décharge lui arrache le flanc gauche. Il trouve néanmoins la force de sortir, clopin-clopant, et de se diriger vers la cure. Un second tir l'atteint au bras droit, mais ne l'arrête pas. La soutane couverte de sang, il parvient à se traîner jusqu'à son lit, où il s'effondre.

Il ne s'en relèvera pas. Le médecin qui l'examine peu après n'est guère optimiste. Le premier coup de fusil lui a broyé la rate et perforé le foie. L'abbé expire deux jours plus tard.

La presse laïque se déchaîne, les journaux pro-cléricaux rendent coup pour coup. Tout est contesté : la réalité de la liaison, le courroux du mari jaloux...

Le curé de la paroisse, le père Veyssière, assure avoir recueilli la confession du mourant. Il aurait affirmé n'avoir « jamais eu de relations intimes » avec la victime et s'être contenté de « la serrer dans mes bras et l'embrasser ». « Saisie par surprise » Mais le magistrat instructeur, lui, recueille des témoignages relatifs à une liaison qu'aurait entretenue l'abbé Andrieux avec l'épouse du maire de Roannes. De plus, des photographies de « personnes étrangères à ses relations avouées » sont retrouvées dans sa chambre.

Autre pierre d'achoppement, l'attitude du mari trompé. Divers éléments semblent montrer qu'il était au courant de la venue du curé chez lui, ce mardi-là. Son intervention, si opportune, serait en réalité une embuscade tendue à l'abbé. But : le faire chanter afin de lui extorquer de l'argent. Âgé de 39 ans, le sabotier n'ignorait rien de son infortune conjugale. Son épouse lui avait avoué que l'abbé, après l'avoir fait venir dans sa chambre sous prétexte de travaux de couture, l'avait « saisie par surprise et couchée sur le lit », avant d'« abuser de son innocence ».

Accusé de meurtre, Antoine Authemayou est jugé le 1er août 1906 par la cour d'assises du Cantal. Il comparait libre. Il gagne correctement sa vie, il n'a pas de mauvais antécédents. Le magistrat instructeur n'a donc pas jugé utile de l'emprisonner. Le réquisitoire de l'avocat général est sévère. Il souligne que le sabotier était dissimulé dans une pièce attenante, où il a attendu, fusil en main, l'arrivée du curé. Et, manifestement, sa femme n'ignorait pas sa présence...
Pour lui, il y a préméditation, et l'idée était de piéger le prêtre. Le sabotier n'est pas jugé coupable d'avoir « volontairement donné la mort » Mais sa fuite subite a fait capoter le plan du couple. Et l'arme, chargée d'une cartouche dans un canon et d'une balle dans l'autre, a été meurtrière.

La thèse de la défense est évidemment tout autre. L'avocat s'étend largement sur l'immoralité » du prêtre, avant de s'efforcer de justifier le geste du mari. Un mari trompé, auquel son honneur bafoué a fait perdre la tête. Rien à voir avec le geste d'un assassin. La plaidoirie est habile. Elle fait mouche.

Aux trois questions posées, les jurés répondent par la négative.
Non, Antoine Authemayou n'est pas coupable d'avoir « volontairement donné la mort ».
Non, il n'a pas « volontairement porté des coups et fait des blessures ».
Et non, « lesdits coups portés ou blessures faites volontairement sans intention de donner la mort » ne l'ont pas « pourtant occasionnée ».

Dès lors, c'est l'acquittement. Il est prononcé sous une salve d'applaudissements. Les anticléricaux triomphent. Au tribunal comme, auparavant, dans les urnes.

Yves le FAOU