Les évolutions de la société et l'élection des députés entre 1814 et 1848.
Après la Révolution de 1789, de nombreuses évolutions se produisent dans la société française.
Du Clergé et de la Noblesse qui étaient les deux ordres privilégiés, le Clergé fut le plus touché, en perdant ses biens et ses privilèges financiers et judiciaires. Cependant le Concordat de 1801 lui assura une existence matérielle enviable.
La Noblesse perdit ses privilèges et les droits féodaux mais les nobles qui n’émigrèrent pas conservaient leurs terres. Certains s’agrandirent en achetant les biens du Clergé. Mais la Noblesse était encore une force sociale importante : « LA GLEBE EST TOUJOURS ENTRE LES MAINS DES NOBLES » disait Napoléon Bonaparte en 1802.
Les paysans profitèrent de l’abolition sans indemnités de tous les droits féodaux en 1793, mais les paysans pauvres, à savoir l’immense majorité de la population rurale, ne gagnèrent rien d’autre à la Révolution. Seuls les paysans les plus aisés purent acheter des biens nationaux, toujours vendus aux enchères.
Les ouvriers furent encore moins bien traités. La suppression des corporations permit aux plus opportunistes de s’établir à leur compte. Mais la loi Chapelier et la législation napoléonienne leur interdit le droit de grève, l’organisation syndicale et le droit d’association et en fit des citoyens à part dans la Nation.
C’est la bourgeoisie qui eut les profits les plus substantiels car les bourgeois furent les principaux acheteurs des biens nationaux, même dans les campagnes.
En parallèle, de nombreuses réalisations virent le jour :
le système métrique, la laïcité de l’Etat, les grandes écoles, le
cadastre, les départements, les préfets, les communes, la légion
d’honneur sont des institutions encore existantes de nos jours.
Auparavant, il existait des dizaines de poids et mesures suivant les provinces (mesure d’Aurillac et mesure de Maurs…).
L’Etat civil fut laïcisé ainsi que le mariage célébré en mairie et le divorce admis (supprimé ensuite de 1816 à 1882).
Auparavant, le Clergé était le seul habilité à enregistrer les naissances (ou plutôt les baptêmes), les mariages et les décès.
Le Droit de vote
A Roannes St Mary, de 1814 à 1848, le suffrage censitaire était de règle. Très restreint, il comportait une double condition de fortune et d’âge.Il fallait, pour être électeur, payer une contribution de 300 francs et être âgé de plus de 30 ans.
Pour être éligible, il fallait payer une contribution directe d’au moins 1.000 francs et être âgé de plus de 40 ans.
En 1820 une loi permit même aux plus riches de voter deux fois. En février 1830 une ordonnance de Roi Charles X suspendit la liberté de la presse et une autre réservait le droit de vote aux seuls riches propriétaires fonciers.
Trois jours plus tard, les parisiens chassaient Charles X du pouvoir lors des « Trois Glorieuses ».Etre élu député en 1837 !!!
D’après Viennet : journaliste, officier et poète, candidat à Béziers en 1837, dans son journal : cela donne une idée de la corruption et des intrigues de l’époque.
« J’appris à Montpellier que Mgr Thibault, cet évêque que j’avais eu tant de peine à faire nommer cabalait aussi contre moi.
A Béziers, un M. Azaïs, mon condisciple, voulait me punir d’avoir refusé une place de substitut à son fils. Il avait pour acolyte un nommé Gueraud (pour qui j’avais fait créer une sixième place de notaire à Béziers), un Alzieu dont j’avais fait en 1830 un président de tribunal civil, un Boudard maître de pension qui me devait depuis 6 mois cet unique moyen d’existence ; M. Fabregat qui n’avait pu obtenir de moi de succéder à son père comme juge…, un Bertrand qui m’avait tourmenté en vain pendant dix ans pour la place de receveur municipal qu’il voulait donner à un de ses oncles octogénaire aveugle. C’est ce pèle mêle d’ingrats et de mécontents qui était le centre de toutes les intrigues dirigées contre ma réélection.
Le vérificateur des poids et mesures était mort, dix électeurs vinrent me demander cette place ayant chacun trois ou six voix dans sa poche et me mettant tous le marché en main. Le plus insolent fut monsieur Fusier, juge de paix de ma création, au fils duquel j’avais fait donner six mois auparavant un brevet d’imprimeur. Je lui déclarais que j’avais promis à un autre et il courut sur la place faire alliance avec mes ennemis.
Voilà ce qu’on appelle l’opinion publique ».
Extrait du Journal de Viennet – 1837.
Viennet fut battu mais le roi le nomma Pair de France.